lundi 17 avril 2017

Antonin Varenne : Battues


Edition : La Manufacture de livres, 2015

Résumé :

Les hommes laissèrent les distances se creuser entre eux et commencèrent à marcher d'un pas plus long et rapide. La pente dans le dos et n'y croyant plus vraiment, ils accéléraient naturellement, distançant Rémi qui continua à s'user les yeux sur le moindre morceau de terre, la moindre tache de couleur aperçue. Il pensait à Philippe, roulé dans un tas de feuilles mortes, sur un humus pourrissant, à quelques mètres de lui, peut-être, et lui revenait le souvenir de l'odeur du sang qui se mélangeait à celle de la prairie fauchée ; la douleur qui le ramenait à la conscience en des chocs déments ; la folie des secondes, coincé sous la ferraille. 
Il avait attendu, comme Philippe, peut-être, un oeil fiché au ciel, se demandant si quelqu'un allait lui venir en aide ou s'il allait crever ici.


Mon avis :

Rémi est garde chasse. Il vit en ermite, a quelques amis précieux mais est plutôt solitaire. Rémi est défiguré suite à un accident qu'il a eu dans sa jeunesse.
Un jour, Michèle, son amour d'adolescence, revient dans ce coin reculé. Sauf qu'un meurtre est commis, que Rémi et Michèle sont ensuite pris pour cibles, avec en arrière plan de vieilles querelles familiales qui se battent sur la possession des différents terrains.

Antonin Varenne nous emmène dans la France profonde, dont les terres sont possédées par 2/3 grandes familles et qui se battent pour en avoir la totalité. Car tout est basé sur les rivalités. On pourrait se croire dans Roméo et Juliette !
L'auteur retranscrit de façon très juste la dureté de la vie et les accidents qui peuvent survenir, l'isolement que certains peuvent y trouver ou rechercher, les liens entre les différents habitants.
On plonge dans la noirceur de ce roman avec délectation. On se raccroche à Rémi et à sa gueule balafrée, en étant persuadé de son innocence tout en se demandant quels sont les secrets qu'il cache.

J'ai retrouvé l'atmosphère de "Grossir le ciel" de Franck Bouysse, et c'est juste un pur plaisir.
Ce roman nous ramène à la réalité et nous fait découvrir un nouveau monde.
J'aime cette ambiance noire et pesante, c'est d'ailleurs dans un mode un peu sombre que j'imaginais chaque scène.

J'ai beaucoup aimé ce livre dont je ne suis pas totalement sortie indemne.

Stephen King : 22/11/63


Edition : Le Livre de Poche, 2014

Résumé :

Jake Epping est un enseignant d'anglais à Lisbon Falls, dans le Maine, qui se fait un revenu complémentaire en enseignant aux adultes dans le programme GED. Il reçoit un essai de l'un des étudiants : une histoire macabre, déchirante, au sujet d'une nuit il y a 50 ans quand le père d'Harry Dunning est arrivé à la maison, a tué sa mère, sa soeur et son frère avec un marteau. Harry s'en est sortit avec une jambe mal en point, comme le prouve sa démarche actuelle.

Un peu plus tard, Al, l'ami de Jake, lui raconte un secret : sa boutique est un portail vers 1958. Il enrôle Jake dans une folle mission afin d'empêcher le meurtre de John Kennedy. Ainsi sa nouvelle vie en tant que Jakes George Amberson, son nouveau monde d'Elvis et JFK, un monde de grosses voitures américaines, d'un solitaire en difficulté nommé Lee Harvey Oswald et d'une bibliothécaire prénommée Sadie Dunhill, qui devient l'amour de Jake et qui transgresse les règles normales du temps.


Mon avis :

Jake Epping est professeur d'anglais. Il se rend régulièrement dans une petite gargote tenue par Al dont les prix défient toute concurrence, ce qui inspire certaines rumeurs (la viande qui n'est pas du boeuf?).
Alors que les vacances d'été approchent, Jake se rend chez Al et le retrouve vieilli et diminué. C'est à ce moment là qu'Al lui révèle que sa boutique recèle une entrée vers l'année 1958. Ainsi, celui-ci a passé de nombreuses années dans le passé, mais est revenu une minute après être parti.
Al donne alors une mission à Jake : éviter le meurtre de JFK afin d'éviter la guerre et de changer le monde.

Mon premier Stephen King...Que dire ?
Il était long, mais c'est normal, c'est du King ! J'aurais facilement enlevé un tiers du roman qui, pour moi, est juste du remplissage.
Mais sans ce tiers, ce ne serait pas Stephen King.

J'ai beaucoup aimé l'idée de pouvoir revenir dans le passé, et de rentrer dans le monde moderne en ayant "perdu" qu'une seule minute. Cela donne la place à énormément de possibilités.
Le concept que le passé se batte pour ne pas être modifié est également intéressant. En effet, il suffit d'un changement minime pour que le cours de l'Histoire ne soit plus le même. Stephen King nous amène à nous questionner mais également à accepter le passé tel qu'il est. Ce qui est fait est fait et ne peut pas être changé. Nous ne pouvons que l'admettre.

Le personnage de Jake, qui se rend compte qu'il est plus heureux dans le passé que dans son époque est attachant. Il essaie de bien faire sans se rendre compte des conséquences que ses actes provoquent.

Je ne peux pas tout dévoiler, mais c'est un livre extrêmement riche.
La fin est juste sublime.
Petit bémol, il ne faut vraiment pas s'arrêter dans la lecture de ce roman, afin de ne pas oublier le moindre détail. 

dimanche 9 avril 2017

Franck Bouysse : Grossir le ciel


Edition : Le Livre de Poche, 2016

Résumé :

L' abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l'avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c était un peu comme si l'abbé faisait partie de sa famille, et elle n'est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n'en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu'un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C'est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non. Longtemps après, Gus se dira qu'il n'aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s'est-il passé chez Abel ?


Mon avis :

Gus vit avec Mars, son chien, dans sa ferme isolée du reste du monde. Son voisin le plus proche est Abel, avec qui il entretient des relations d'entraide.
Alors que Gus, touché par la mort de l'abbé Pierre, décide d'aller chasser, il entend un coup de feu venant de la ferme d'Abel. Peu après, son chien se fait attaquer. Gus décide de découvrir ce qu'il s'est passé, à ses risques et périls...

Ambiance un peu glauque de deux fermes totalement isolées, le village étant à plusieurs kilomètres, où la technologie ne passe pas encore (Gus n'a même pas le téléphone).
On navigue dans la vie de Gus, le passé resurgissant à certains moments et se mêlant au présent.
On vit à travers ses yeux et ses sentiments, on réalise la dureté de son enfance et de sa vie d'adulte, on se rend compte de sa solitude.

Ce roman, outre le mystère du coup de feu, est surtout l'histoire de Gus, cet être fort et solitaire, auquel on s'attache au fur et à mesure de notre lecture. 
On se rend compte de la complexité de la (sur)vie dans les fermes, et de l'isolement que subissent certaines personnes.

Ce roman est nommé au prix polar SNCF pour l'année 2017.
C'est un excellent roman pour lequel j'ai beaucoup pleuré...

Paula Hawkins : La Fille du train


Edition : Pocket, 2016

Résumé :

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…


Mon avis :

Rachel prend le train quotidiennement, toujours aux mêmes heures, toujours à la même place.
Elle passe devant son ancien quartier, celui où elle a été heureuse, et observe les habitants des différentes maisons, mais surtout celle de Jason et Jess, le couple parfait. Cependant, Jess disparaît. Sauf que Jess s'appelle en réalité Megan, et que Rachel a vu quelque chose.

Cette histoire commence lentement. L'auteur plante le décor petit à petit, chaque détail à son importance, et nous découvrons le personnage de Rachel par petites touches extrêmement bien distillées.
La suite du roman nous apporte son lot de surprises et de rebondissements.
Rachel devient une personne un peu plus psychotique que prévue, le mari de Megan n'est plus aussi parfait que Rachel le pensait, l'ex-mari de Rachel et sa nouvelle femme rentrent dans l'histoire.
Le roman nous tient en halène jusqu'au final, sans pour autant deviner ce qu'il s'est passé avant le terme.

J'ai beaucoup apprécié la construction du personnage de Rachel, de ses faiblesses, à ses moments de lucidité. L'auteur arrive à nous la rendre à la fois énervante et attachante. 

Je n'ai pas vu le film, mais il fait partie de ma liste des films à voir !

Je pense que ce roman peut être un bon roman d'été.

Umberto Eco : Numéro zéro


Edition : Le Livre de Poche, 2016

Résumé :

En 1992, à Milan, un groupe de journalistes, cinq hommes et une jeune femme, sont embauchés pour créer un nouveau quotidien qu’on leur promet dédié à la recherche de la vérité, mais qui se révèle un pur instrument de calomnie et de chantage.

Ils fouillent dans le passé pour mettre en page leur « numéro zéro », et c’est le présent qui leur saute au visage…

« L’ombre de Mussolini, donné pour mort, domine tous les événements italiens depuis 1945 » : est-ce là le délire d’un journaliste d’investigation paranoïaque ? Mais alors, pourquoi le retrouve-t-on assassiné un beau matin ?

Attentats, tentatives de coups d’Etat, empoisonnements, complots, stratégie de la manipulation, de la désinformation et de la tension : quand tout est vrai, où est le faux ?


Mon avis :

Un nouveau quotidien doit sortir prochainement. Afin de le préparer, 6 journalistes réfléchissent aux différents thèmes qu'ils peuvent traiter, et créent le numéro zéro.
Un des journalistes est assassiné alors qu'il fouillait dans le passé de Mussolini. Mais a-t-il été tué par rapport à ce sujet ou autre chose ? Et est-ce que les autres journalistes sont menacés ?

Oh, belle déception par rapport à la 4ème de couverture pourtant alléchante. Je n'ai pas du tout accroché à ce roman.
En effet, le livre a du mal à démarrer. Il y a beaucoup des tergiversations autour du journal et des journalistes avant d'entrer dans le vif du sujet. Et quand on y arrive enfin, c'est presque la fin du roman...
Toute la partie sur Mussolini est intéressante, j'ai découvert énormément de choses, et j'ai pu aller constater que les photos étaient vraiment sur internet ! Par contre, l'histoire se perd dans les détails et les noms, et j'ai parfois été un peu perdue.

J'ai l'impression que le roman a juste été effleuré, sans vraiment être poussé jusqu'au bout. 
La fin se termine sans réellement se terminer, la vie reprend normalement comme si de rien n'était.

C'est un livre que je ne conserverai pas dans ma bibliothèque...

dimanche 26 mars 2017

Théâtre : La Dame Blanche



Résumé  de la pièce :

Cette nuit là, Malo Tiersen n’aurait jamais dû prendre sa voiture. Il n’aurait jamais dû aller dans cette maison au milieu des bois. Il n’aurait jamais dû avoir cet accident. Et vous vous n’auriez jamais dû pousser la porte du Théâtre.
Au théâtre vous n’aviez jamais eu peur….. Jusqu’à ce soir.


Mon avis :

Un vendredi soir... Vous hésitez entre un cinéma et un théâtre. Vous vous décidez à passer les portes du théâtre de la Renaissance pour voir la Dame Blanche, pièce ayant reçu d'excellentes critiques et quelques récompenses.
Tout de suite, vous êtes dans l'ambiance. Les placeurs sont vêtus de façon spectrale. La pièce n'a pas débutée que des cris retentissent dans la salle...
Enfin la Dame Blanche entre en scène, et cela, que pour du pur bonheur.

Bien assis sur son fauteuil, la pièce commence timidement. Les acteurs prennent leur place petit à petit et pénètrent dans leur rôle de façon naturelle.
L’interaction créée avec le public est extrêmement bien dosée avec les parties de la pièce se jouant sur la scène.
L'histoire est très bien menée, et l'intrigue nous tient en halène jusqu'au final.

On ressort du théâtre enthousiaste, avec plein de frissons et l'envie d'y retourner.

Je la conseille vivement à tous les amoureux de théâtre qui ont envie de voir quelque chose de nouveau...

Réservation jusqu'au 30 juin 2017 pour le moment !

dimanche 5 mars 2017

Gilles Paris : Autobiographie d'une courgette


Edition : J'ai lu, 2016

Résumé :

Icare dit "Courgette", petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie.
Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent : "Le ciel, ma Courgette, c'est grand pour nous rappeler que dans la vie on n'est pas grand chose".
Depuis son accident, la mère d'Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s'occupe pas de son fils.
Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur".
Placé en maison d'accueil, Courgette découvre enfin l'Amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l'Amour...
Un petit chef-d'oeuvre d'humour et d'émotions. L'apprentissage d'une vie...


Mon avis :

Courgette en veut au ciel, qui lui a pris sa vie. A défaut de le tuer, il tuera sa mère accidentellement. Il est alors placé dans un institut, et va rencontrer une nouvelle famille, sa nouvelle famille.

Courgette est un enfant qui voit la vie du bon côté. Il rebondit sur les choses négatives et n'en garde que le positif.
Ecrit du point de vue de ce petit narrateur de 9 ans, le livre nous offre une nouvelle vision de la vie. On se dit que nos problèmes sont vraiment petits à côté de ceux qui peuvent s'abattre sur une jeune existence.
J'ai beaucoup aimé le passage "Elle est où ta maman ?" "Au ciel avec ses bières et une harpe" "Au cimetière" "Là où papa l'a poussée, au fond de l'eau". Malgré leur jeune âge, ils ne sont pas épargnés, et ne sont surtout pas dupes.

Avec beaucoup de simplicité, nous faisons connaissance avec les enfants peuplant l'institut, leurs histoires, leurs rires et leurs craintes, leurs espoirs.

J'ai beaucoup aimé la fraîcheur et la positivité qui règnent dans ce livre.
Un roman à prêter et à faire connaître.